votha's profileMagic BusPhotosBlogLists Tools Help

Blog


    June 26

    Sonnet du labrador


    Nous continuons notre exploration des oeuvres les plus récemment découvertes de notre chère poétesse hongroise, à qui je consacre une très grande partie de cette espace perso, proportionnelle à la fascination qu'elle exerce à mon égard. Le deuxième poème est toujours tiré des Fantaisies animalesques, série de poèmes ayant pour sujet des scènes plus ou moins cocasses de la vie animale. Celui que j'ai sélectionné aujourd'hui est un sonnet, forme archi-classique, voire canonique, de la poésie française, très rarement utilisée dans l'oeuvre poétique de Milana Hartner. On n'en trouve guère plus de deux ou trois dans toute sa carrière, et tous composés durant sa prime jeunesse. Si j'ai choisi de vous montrer celui-là, c'est non seulement parce que c'est un poème d'une forme rare, mais aussi parce que, selon les propres mots de Jaco van Buluy, spécialiste de la poétesse que j'ai eu il y a quelques jours au téléphone, et qui a partagé mon enthousiame en découvrant ce sonnet, c'est "une vision magnifiquement obscène et déroutante de la part animale chez l'Homme". Je vous laisserai seuls juges de l'intérêt de cette oeuvre :


    Sonnet du labrador (1981)


    Par Milana Hartner




    C’est à chaque couchant, la même gourmandise

    Que liche goulûment Kouchka le labrador,

    Beau mâle que drape une robe beige et grise,

    Chéri d’une maîtresse aveugle aux mains en or.


    La friandise acide, adoucie par du miel,

    Se fend d’un sillon rubescent dont le sommet,

    Velu, est surmonté d’un filiforme oriel

    De chair ; cet endroit est le plus emmiellé.


    Fruit carné d’une récompense sans mérite,

    Sa dégustation est un doux moment céleste

    Où le plaisir semble partagé, sybarite,


    La jupe soulevée, les lichées se font lestes

    Des mots sortent : elle bénit ce cunnilingus,

    Et continue de sucrer son mont de Vénus.




    June 15

    La Complainte lascive du Mirounga abandonné

     
     
    Nous vous présentons aujourd'hui un poème de Milana HARTNER (1948-1982) issu d'une série intitulée Fantaisies animalesques, récemment retrouvé, comme par miracle, dans de vieux carnets à l'apparence anodine, vendus dans une brocante du vieux-Nice. Je dois d'ailleurs remercier à ce sujet mon ami, Francesco Cavalieri, qui tomba par hasard sur ces carnets, d'une valeur inestimable à mes yeux et à tous les admirateurs de la poétesse. Ils sont datés de 1981, c'est-à-dire vers la fin de sa vie. On sent tout de suite un certain désabusement, une certaine amertume à propos de la nature humaine, et ce, dès la première lecture des ces poésies animalesques. J'ai confié le reste des poésies aux spécialistes de Hartner, et leur laisserai le soin d'analyser le contenu de ces oeuvres. Ce que l'on sait dès maintenant, c'est que ces fantaisies animalesques sont des poèmes ayant pour sujet des scènes de la vie animale. Voici donc celui que j'ai choisi, non sans une certaine excitation, de vous montrer aujourd'hui :
     
     
     
     
     

    La Complainte lascive du Mirounga abandonné (1981) 

     

    Par Milana HARTNER

     

     

       

     

    N’ayant pour dulcinée que la brume argentine,

    Un éléphant de mer… Esseulé. Pauvre hère !

    Son œil avide épie la grève malouine

    Où, bref phalanstère, jouissent ses congénères.

     

    Le choc entre titans gris des îlots australs

    Fut piteux pour celui qui, délaissé, ci-gît.

    Il meut encor, sans repos, son fanon nasal

    Vers un harem perdu, licencieux paradis.

     

    L’âme aigrie crève d’épancher sa libido

    Dans une almée, qu’importe ! Même un ersatz, un creux !

    La bête cède alors aux puérils fados

    D’une proie facile, un éléphanteau peureux

     

    Dont l’aspect rappelle un gros boudin brun dormant.

    Immature mâle ou femelle, c’est égal,

    Car l’œil avide s’est mué concupiscent

    Sous la menue chair. Sus ! Allons, ouvrons le bal !

     

    Le colosse horizontal soulève sa masse,

    Tangue, ondule et roule son cuir peu gracile,

    Heurte et cisaille son adipeuse carcasse

    Contre le sol tranchant, vers cet amant docile,

     

    Bercé par la lyre marine. Quand soudain…

    Une ivre houle sur son petit dos s‘abat,

    Écrase, de sa double tonnes, son bassin

    Qu’un Priape insolent fouille de haut en bas.

     

     

    Grand Dieu !...

     

     

    Sainte Hormone a rendu ce gros mirounga fou !

    Son dard cherche une issue dans ce carné casse-tête

    D’où l’on ne pénètre qu’au travers d’un seul trou…

    Et zut ! Il s’agit d’un jeune mâle en fait.

     

    La symphonie des flots se fait dissonante

    Troublée de chants tantôt charnels, tantôt plaintifs

    Terpsichore invite à une danse navrante ;

    L’aubade est atroce, le coït fugitif

     

    Dès lors, l’assaillant se retire, délesté,

    Se demandant encore quel démon le prit.

    Mère nature, ainsi l’as-tu donc poussé

    A laisser derrière, plus qu’un anus démoli,

     

    Des humains interloqués d’avoir eu affaire

    A cet affligeant cirque faussement baroque

    Qui s’écrieront, non sans un ironique air,

    Ô combien glorieuse est la société des phoques !

     

     

     

     

    July 29

    Ecce Homo

    A toutes celles qui le valent bien...
     
     
     
     
         Milana Hartner, comme dit précédemment, utilisa nombres de sujets très originaux pour ses poèmes. Ce qui ne l'empêcha pas d'en faire sur quelques thèmes de nature plus classique, dirons-nous, tels que la beauté d'un paysage, la mélancolie, la nostalgie, et bien sûr, l'amour. C'est à propos de ce dernier thème que le poème que j'ai décidé de vous présenter aujourd'hui a été écrit. On connaît très peu de choses sur la vie amoureuse de Milana Hartner, car elle était très discrète, voire secrète sur sa vie privée. Selon son plus fameux biographe Jaco Van Buluy, très peu d'amants peuplèrent sa courte vie, car, dit-on, elle n'était pas très portée sur la chose. C'est l'argument qu'avancent certains psychiatres qui ont analysé l'ensemble de l'oeuvre de la poétesse pour expliquer une telle créativité : "un tel foisonnement créatif et un tel comportement social caractérisé par une aussi grande inclination au suicide ne peuvent être que le résultat d'une vie sexuelle complètement insatisfaisante, voire quasi-inexistante" d'après le docteur Gilles Beltouffe, expert en neuropsychiatrie à l'Hôpital Lariboisière, qui s'est longuement penché sur le cas Hartner. En faisant quelques recoupements, et en analysant attentivement sa fertile correspondance, notre biographe batave, Jaco Van Buluy, a réussi à tirer une anecdote sur les circonstances qui ont inspiré le poème qui nous intéresse aujourd'hui.
         Ecce Homo est né de sa rencontre avec un acteur du nom de Werner Sagtepunkt, "un salaud, magnifique comme un train filant sur un pont en pleine nuit, beau, et complètement con" selon ses propres mots, et avec lequel elle perdit sa virginité, à l'âge de 24 ans. Il semblerait que ce comédien habitué aux rôles de seconde zone, fut aussi un sacré coureur de jupon. Elle eût le coup de foudre pour ce type (alors qu'il n'était pas encore connu) lors d'une soirée littéraire organisée par ses confrères poètes et écrivains dans un café parisien, et dans lequel W. Sagtepunkte officiait à l'époque, non pas comme auteur dramatique, ni comme essayiste, mais comme... garçon de café. C'est lui qui la remarqua d'abord. Il fût très entreprenant en lui servant un capuccino et elle ne résista pas longtemps à son charme de baroudeur, et à sa beauté vicieuse, elle qui avait toujours refusé toute avance, aussi beau que le soupirant fût. Mais celui-ci était différent. Il n'avait pas l'air moins bête que les autres, mais il semblait avoir un côté sulfureux qui l'attirait irrépressiblement, bien qu'il lui fût complètement inconnu. Il lui raconta deux ou trois blagues complètement stupides pour la séduire. Puis, lui proposa de se rendre dans un hôtel. Elle se laissa aller pour une fois. Et puis, rester vierge à son âge, en pleine période de libération sexuelle, c'était être "un Waffen SS dans un troupeau de communistes". Ce fut une nuit sans lendemain, le bel amant s'en allant même avant que sa belle ne se réveillât. Milana Hartner fit donc un poème de cette nuit. Redonner un peu de grâce et de douceur à une expérience catastrophique, c'est un peu ce qui fait la force de ce poème. 
     
     
     
     
     
    Ecce Homo (1972)
    par Milana HARTNER
     
     
     
      

    Lorsqu'on le voit marcher au loin,

    Rien ne présage sa bassesse.

    Beau, sauvage,  sourire en coin,

    On le croirait fils de Déesse.

    Lascif, il chemine vers moi,

    L'air assuré, presque arrogant,

    Il a envie de quelque ébat,

    Cela devient presque gênant.

    La finesse n'est pas son commerce,

    Mais le charme, j'avoue... il l'exerce.

     

    De son regard vert - bleu, vicieux,

    Il semble admirer mes formes ;

    Sacrebleu!... Quelle bouche, quels yeux!

    Un tronc viril comme l'orme...

    J'écoute vaguement ses dires,

    Déjà convaincu pour partir

    Dans ses bras, son coeur, son empire...

     

    Ne subsistera de cette nuit

    Que son discours, tel qu'il sen suit,

    Par mes grands soins réarrangé,

    Car grossier, et mal formulé :

     

    " Laissons l'amour aux amoureux,

    Allons nous reposer un peu.

    Fuyons ces boniments abscons

    Pour un lieu à nous deux, plus prompt.

    J'ai un nid des plus accueillants,

    Moult oiselles ne le nieront point,

    Il te siéra en tous recoins,

    Aie confiance en moi, l'occupant...

     

    " Laissons l'amour aux amoureux,

    Regarde le blanc de mes yeux

    Perler des larmes de désir,

    Du vrai, du pur, sans coup férir.

    Oublie ta vie, tes certitudes,

    Femme, tu ne vis qu'une fois,

    "Moi avoir très envie de toi !"

    C'est naturel, pas d'inquiétude.

     

    " Laissons l'amour aux amoureux,

    Ne vivons plus que pour nous deux.

    Laissons nos pulsions transpirer

    Et livrons-nous jusqu'au matin

    A ce doux va-et-vient divin

    Dont on sort pleinement changé.

    Dieu seul sera alors témoin

    De l'heure où nous ne ferons qu'un.

     

    " Laissons l'amour aux amoureux

    Goûtes-tu ce choc savoureux?

    Te sens-tu mourir, fille funeste?

    Je veux ouïr ton souffle divin,

    Qu'il crève la voûte céleste !

    Qu'il couvre mes râles pelviens!

    Dès l'aube, je verrai ton minois

    Radier de liesse, quand près de toi,

    Doucement, je m'éveillerai..."

     

     

    ...

     

     

    Au petit jour, quand les rayons

    Ne se font encor que rosée,

    Mes yeux s'ouvrirent. A mes côtés,

    Ne restait plus qu'un polochon,

    Un édredon, des draps défaits,

    Une âcre odeur de lâcheté.

     

    Progressivement, je me souvins :

    D'émoi funeste... rien de cela.

    Des cris de liesse.... n'en parlons pas.

    De souffle divin... il n'y eût point.

     

    Rien d’inoubliable n’émergera

    De ce subreptice moment ingrat.

    Fors une immense, profonde douleur,

    Dans le corps, et pire encor... dans le coeur...

     

     

     

    November 11

    Petit poème pour Claire

     A cette chère Claire...
     
     
    Remerciements
     
     
    Aigri par la solitude depuis quelques temps,
    Je m'oubliais dans ma propre folie douce. Quand...
     
    ...J'aperçus ses cheveux d'un châtain carboné
    Qui muent en fils de diamant sous l'éclat du jour,
    Ses lèvres brillantes, alléchantes et raffinées
    Dont on ne se lasse pas d'admirer le contour,
    Ses yeux clairs, malicieux, chatoyant de douceur,
    Sculptant un regard ensorceleur et troublant,
    Mais qui, aurais-je pu m'en douter auparavant,
    Masque en fait une grande timidité intérieure.
     
    C'est limpide, son prénom ne peut être autre que
     
    Claire...
     
    Comme de l'eau de roche, quelle originalité!
    Plusieurs millions de fois on a dû te la faire,
    Je sais, je cède souvent à la facilité.
    Ainsi, mes détractrices doivent s'en frotter les mains ;
    C'est un penchant naturel, après tout humain.
    Pardon!...
     
    Elle nageait donc dans un océan de pudeur
    Jusqu'au jour où elle jeta l'ancre dans mon coeur.
    Moi qu'on disait pouvoir amarrer sans effort,
    Je trouvai cela  charmant, et même teinté d'or,
    Que d'ouvrir son âme pour moi, le muffle arrogant
    Dans un petit billet qui fit son grand effet,
    Si bien que sa lecture fit oublier longtemps
    Que mon existence se lestait d'absurdité.