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    August 22

    Les carnets intimes de l'hermaphrodite ( Extrait n°1 )

    A tous les gens romantiques...
     
     
     
     
     
    A St-Monceaux-lez-Petits-Puceaux, une toute petite bourgade de l'Ardèche dont la commune voisine à peine plus grande se nomme St-Monceaux-lez-Gros-Puceaux, se tient une brocante annuelle, pendant la période de Noël. En cette rayonnante fin d'année 2004, je fis un séjour avec ma femme et mes 4 enfants, à l'occasion des congès habituels, et, contrairement à mes habitudes, moi qui ne suis pas un grand curieux, je décidai d'aller avec mon épouse, chiner dans cette brocante que les locaux nous décrivirent comme faramineuse. Et effectivement, il y avait de quoi y perdre son anglais. Une myriade de gens agglutinés à des milliers de stands, des centaines d'antiquaires de toutes les nationalités, la réputation n'était point usurpée. Et malgré ce gigantisme, mon attention fût étrangement attiré vers ce petit stand, fourmillant d'objets bizarres, tenu par un grand moustachu semblant tout droit sorti des Village People. Je fouillai sur son étal, et tombai nez-à-nez sur un petit carnet en moumoute violette au titre plutôt insolite et racoleur :"Les carnets intimes de l'hermaphrodite ou l'authentique jounal d'un homme aux deux sexes". Je demandai quelques renseignements au vendeur, qui me dit que ce carnet avait appartenu à un de ses voisins, qui le lui donna avant de mourir. A son air, j'avais plus le sentiment qu'il l'avait dérobé chez lui par effraction. Il me le vendit pour une bouchée de pain, n'en voyant pas la valeur potentiel. Après lecture des 38 pages du carnet, je dois dire que c'est plutôt insolite et extravagant. Juste assez pour que je décide d'en publier quelques morceaux choisi du contenu de ce journal (attention tout de même, étant donné la spontanéité qui caractérise l'écriture de tout journal, certains propos ou évènements relatés sont très crus). Attention, ce n'est pas exhaustif :
     
    "Vendredi 23 décembre 1996 : Cher journal, c'est la première fois que j'écris. Mon nom est Dominique Berzélius. [...] J'ai 37 ans aujourd'hui, 2 gosses et une femme qui s'est décidé à demander le divorce. Ca lui a pris, un jour, comme ça. Elle a renconté quelqu'un d'autre.  Je continue la présentation : j'ai une jolie voiture, un boulot à la mairie, [...] et de belles chaussures. Ah oui, accessoirement, j'ai aussi une vie de merde. Aucun ami. Jamais réussi à en avoir, dois être top con. Faut croire. Je commence un journal parce que j'en ai marre de toute cette merde. Faut que je parle. [...]
     
    [...]
     
    Mardi 19 Janvier 1997  : Suis vraiment qu'une grosse merde. [...] Les choses seraient mieux si je crevais, non? Qu-est-ce que t'en penses mon p'tit journal? Pourrais mourir dans un accident, mais suis trop lâche. Arrive même pas à essayer d'en provoquer... C'est peut-être parce que j'ai pas envie de crever, en fin de compte. En plus, il me reste mes deux enfants, mais ils se demanent où est passé leur maman chérie. [...] Suis trop mal de toute façon. La crise de la quarantaine sûrement....
     
    Jeudi 21 Janvier 1997  : Marre! Marre! Marre! Suis en train de sombrer dans la dépression et tout le monde s'en tape les roustons! Même mon médecin en a rien foutre. Sale trouduc!!! Y suis allé parce qu'il y avait des boutons sur les cuisses. Enfin, un seul, mais très gros. Il paraîtrait que, selon le docteur J'en Ai Rien A Foutre de Ta Vie de Merdeux, non contente de m'avoir refilé les mômes, elle m'aurait refilé de l'herpès génital en partant. Heureusement que ça me gratte pas encore.
     
    [...]
     
    Jeudi 28 Janvier 1997 : Ai décidé que les gamins seraient élevés par mes parents, alors je les ai envoyé chez eux hier soir. Ca vaut mieux que de voir leur père crever. Le bouton à l'intérieur de la cuisse a dégénéré hier, je crains que ça ne s'infecte et que ça vire en scepticémie. Je le soignerai pas. C'est une occasion de pouvoir quitter la scène en beauté, et sans se fouler. Personne ne m'attend, au fond. Les enfants veulent retourner avec leur mère. Je vais prendre des congès et me laisser crever comme un foutu cafard que je suis.
     
    Dimanche 31 Janvier 1997 : Putain! J'arrive pas à y croire! Ca me tue! Ce bouton de merde s'est transformé en plaie quasi-béante d'une dizaine de centimètre pendant la nuit. Le pire c'est que ça me fait même pas mal ! Tu y crois, toi, p'tit journal ? Mais j'ose pas y toucher. Je vais attendre. C'est bizarre, mais ça commence à ressembler à... non, c'est de la connerie...
     
    [...]
     
    Lundi 8 Février 1997 : J'en enfin osé le toucher. Ca m'a fait plein de trucs, sauf mal. De plus en plus étrange. [...] En plus j'avais plus la sensation de me faire des chatouilles qu'autre chose. Ca a l'air très sensible, et en plus, ça saigne pas, bien que ce soit béant. Se pourrait-il que ma première impression soit confirmée par cette sensation? Non, bon sang de bon soir, c'est pas possible tout de même, ça peut pas être un machin de gonzesse!
     
    Mardi 9 février1997 : Tu vas me prendre pour un dingue, cher journal, mais j'ai de plus en plus le sentiment que j'ai un vagin qui a poussé sur l'intérieur de ma cuisse gauche. J'en suis sûr! Ca en a l'aspect, le toucher, la taille et... peut-être bien la sensation après tout. Enfin, je suppose. En plus, en onze ans de mariage, j'ai pas eu souvent l'occasion de beaucoup y avoir droit à cette partie. [...] Ca y est, j'ai pris mon courage à deux mains, j'ai enfin osé y faire pénétrer un doigt. La vache! J'ai eu un petit électrochoc de surprise, bordel de dieu! Ca m'a fait un truc bizarre, un peu mal même, je dois dire. Remarque, j'ai jamais su y faire, je m'y prend peut-être comme un manche. Tout façon, faut que je recommence. J'y retourne fissa !!!...
     
    Mercredi 10 février 1997 : La vache! Je me suis caressé la cuisse,[...]  enfin l'intérieur plutôt, toute la nuit, jusqu'à ce que je ressente autre chose que de la douleur. [...] Ca s'est produit à 2h34. J'ai enfin réussi à ressentir un truc invraisemblable. Proche de la douleur, mais sans le côté douleureux, comment dire? Comme si on te plantait un couteau et que tu recevais un spasme qui paralyse ton corps en te rendant Béat de joie et de plaisir, et plusieurs fois de manière très rapide et soudaine. Je crois que c'est...fabuleux! C'est dingue ce qu'il m'arrive! Tu le croirais, mon vieux journal?
     
    Jeudi 11 février1997 : [...] J'ai pensé à un autre truc dans les chiottes ce matin. Je me suis aperçu que mon sexe (femelle) était idéalement placé pour qu'entre dedans mon autre sexe (mâle), car il suffit que je croise ma jambe gauche sur la droite, pour que ça rentre. Maisje me disai : si j'ai un attribut de femme, est-ce que j'aurai mes règles? Ca peut paraître très con, mais si j'ai des règles, je risque de tomber enceinte si... Tomber enceinte et avoir une grossesse sur le haut de la cuisse?... Dieu n'aurait pas pu être plus vicieux.[...] Bon, j'attend un ou deux mois et après j'essaie.
     
    [...]
     
    Mardi 9 avril 1997 : Bon, ben il s'est rien passé. Aucune trace de sang. Rien de rien. [...]Faut dire, tomber enceinte de soi-même, ça sonne pas très sain. Tu crois que ce serait ça le clonage? N'empêche, c'est dommage quand même. Je dois être un peu tordu, mais j'avais quand même espéré les avoir ces putains de ragnanas. Avoir un enfant de moi-même, et pouvoir le porter... Mais bon... Ils font pas des pantalons adaptés aux gens enceintes de la cuisse...
     
    Samedi 13 avril 1997 : Hier matin, incognito, je suis allé dans les chiottes de la mairie d'Annecy, là où je bosse, pour aller faire un petit caca. Je m'asseois sur la cuvette. Et là, v'là-t-y pas mon petit journal, que j'ai eu une envie irrépréssible de tenter ce qu'on pourrait appeler un..."auto-coït", car j'avais vu un mois plus tôt que physiquement, c'était possible. Hé! Hé!... Ca a pas mis longtemps avant que le membre viril se mette tout droit. Pourtant, ça m'avait paru un peu sordide cette affaire. Mais plus c'était dégueulasse, et plus j'avais envie d'essayer. Un vrai tordu je te dis! Je mets alors ma cuisse gauche au-dessus de la droite. Et là, je "m"auto-pénètre". Et... Et bien autant le dire tout de suite, ça m'a pas fait grand-chose. C'était pas désagréable, mais ça m'a rien fait de transcendant. Enfin, pour mon nouvel attribut, parce que pour l'autre, c'était pas mal. Pas mal du tout même. C'est bien là le problème. C'était si bon que mon bigoudi a laché son affaire au bout de trente secondes... Putain quel con! Je crois que je commence à comprendre ce que ressentais ma femme...
     
    [...]
     
    Jeudi 24 juin 1997 : Merde! Merde! Merde! Et remerde!!! Cinquante-troisième tentative pour avoir un orgasme féminin, et je fous tout en l'air en même pas une minute. Pourtant, je me fais des préliminaires, je me caresse... Bon, j'arrive pas à me rouler des pelles et ma bouche peut pas aller où elle voudrait. Et merde, fais chier!... [...]
     
    Dimanche 27 juin 1997 : Samedi (hier), en allant m'acheter une nouvelle montre dans une boutique en ville, je suis passé devant un sex-shop. Et j'ai aussi recroisé mon ex-femme, et elle m'a rebassiné avec le divorce. (ndla : Dominique a croisé 4 fois sa femme auparavant, mais je n'ai pas cru bon de laisser l'extrait car j'estimais que ce n'était pas essentiel) [...] Enfin voilà... Je passe devant, et je me dit tout de suite que, vu que j'assure pas pas une cacahouète, un gode pourrait le faire. Gigi (ndla : c'est le surnom de son ex-femme, Marjorie. Ne me demandez pas pourquoi il l'appelle Gigi, je n'en ai pas une once d'idée...) en avait bien un... Après un quart d'heure de réflexion devant la boutique (c'est vrai que j'avais l'air très con et que tous les jeunes se foutaient de ma gueule), je décidai d'entrer, mais d'un pas hésitant tout de même. Bon, je traîne pas, parce que ça craint un peu, et je prend le premier truc en plastique que je vois. Bon, je me suis planté, c'était un cintre... Alors je regarde vite fait, je prend le premier truc rose que je vois, et je me casse, vite![..]"
     
    Bon, voilà, c'est tout ce que j'ai choisi de publier pour cette fois-ci, je publierai le reste un peu plus tard, afin de pas surcharger le billet, et aussi suivant ce que vous en pensez. Et croyez-moi, il lui en ai arrivé de drôles de choses à notre feu Dominique. Je garde le manuscrit au chaud. A bientôt !
     
     
     
    August 01

    L'Ode au naturisme

    A tous les gens incompris...
     
     
     
     
     
    Milana Hartner (1948-1982) fait partie de ces poétesses françaises carrément iconoclastes, inspirée par la pensée surréaliste, et plutôt méconnue dans notre beau pays. Son influence a été certaine sur une partie de la poésie underground actuelle. Issue d'une famille de la bourgeoisie hongroise qui fuya le régime communiste dès 1951 pour le sud de la  France, dans la région de Montpellier, M. Hartner se distingue dès son plus jeune âge par une aisance littéraire au-dessus de celle de ses camarades de classe, notamment au collège. Elle y écrit d'ailleurs ses premières poésies inspirées par le dadaïsme, et le groupe naissant de l'Oulipo. Ces influences ne la quitteront jamais au cours des années qui suivirent, mais elle revendiquera toujours une farouche indépendance d'esprit dans son travail, se disant n'appartenir à aucun groupe. Cela est particulièrement visible aussi bien au niveau du style - complètement débridée, parfois au limite du désordre, c'est à elle qu'on doit notemment le concept de poème fragmenté où chaque mot est inscrit sur une page et, suivant que l'on commence par le début ou la fin du livre, le sens du poème est complètement changé - qu'au niveau des thèmes très ecclectiques - la théorie de l'évolution dans le poème "Homo ça pionce, ça pionce" (1967), la stratification par classe sociale en Angleterre dans "Minuit sur Pembroke Avenue" (1969), ou le tennis elbow dans "La Douleur des forçats".
    Mais une dépression qui la suit depuis l'âge de 14 ans, la faisant multiplier les tentatives de suicide tout au long long de sa vie, aura raison d'elle trop précocement. Après sa 14ème tentative, en Mai 1982, où elle ingurgita du barbiturique couplé à de l'eau de javel, son ami et mécène, Pierre Joseph Fumerolles, Baron de Feudedieu (ça ne s'invente pas!), lui prêta un appartement à Nice pour lui faire changer d'air, la ville contrastant avec la morosité de Paris. Il n'en fût rien, et 3 mois plus tard, le destin sembla s'acharner sur elle. Les circonstances de sa mort furent, malgré tout, plutôt cocasses, et valent le coup qu'on s'y attarde : elle se jeta du 7ème étage du balcon de son appartement, mais un jeune orme en pleine croissance et aux feuilles solides amortit son plongeon. Elle n'eût que la jambe droite brisée en atterrissant. Mais malheureusement, une grosse branche de l'arbre salvateur, sous le poids de la chute, lui transperça la poitrine de part et d'autre du poumon droit. Elle était encore vivante, mais sa douleur fût telle qu'on raconte que ses cris couvraient le bruit des avions de l'aéroport, non loin de là. Une ambulance arriva très vite sur les lieux, tellement vite qu'elle mit trop de temps pour freiner, et lui broya sa jambe gauche encore valide qui dépassait du trottoir, en lui roulant dessus. Sa douleur n'en fût que plus dure à supporter, on peut l'imaginer aisément. On l'embarqua à bord du véhicule, mais celui-ci fût vite embourbé dans un embouteillage monstre, inhabituel en cette journée d'août si chaude. Si bien qu'il dût s'immobiliser sous un soleil de plomb, pendant longtemps. Tellement longtemps, que les vitres de l'ambulance, qui n'étaient pas en plexiglas, agirent comme une loupe et concentrèrent un faisceau de lumière sur les longs cheveux noirs de la pauvre Milana Hartner. Et ceux-ci prirent feu soudainement. Ce feu se propagea sur les draps et sur les vêtements des ambulanciers à la vitesse de l'éclair. Ces derniers, peu habitués à ce genre de situation, finirent par jeter l'infortunée fautive hors du véhicule pour sauver leur peau. Et Milana se fracassa le crâne sur le pare-brise de la voiture qui se trouvait derrière. Elle mourût sur le coup. Triste fin pour celle à qui on doit cette petite perle de grivoiserie raffinée, écrite peu avant ses 18 ans, et que j'ai choisi de vous montrer :
     
     Ode au naturisme (1966)
    par Milana HARTNER                             
     
     
    Sur les rivages azurés du Golfe de Lion,
    Une excentricité attire tous les regards
    Et pousse les curieux à se poser la question :
    "Qu'ont toutes ces personnes à avoir, sans crier gare,
    Telles des batraciens prenant l'air un jour d'orage,
    La fâcheuse manie de s'effeuiller sur la plage
    En public, chaque fois qu'un soleil, même blafard,
    Pointe sur l'horizon? Et en plus, à leur âge..."
     
     Des badauds à fredaine, tous yeux de lynx qu'ils sont,
    Jouent une mélodie narquoise sur les collines
    Entourant les sables chargés d'images coquines.
    Leur refrain grivois favori est de ce ton :
    "Oh ! Mais que voit-on là-bas au loin qui pendouille?
    Sont-ce des petits seins ou de très grosses paires de couilles?"
     
    Soleil, pourquoi prends-tu part à cette cabale?
    Tu te gausses de ce spectacle comme tout le monde
    De peur d'avoir à en rougir, c'est viscéral.
    Hélios et Phebus, eux, ne trouvaient rien d'immonde
    A la vue des corps dorés d'Anciens découverts.
    Pourquoi considère-t-on comme des révolutionnaires
    Des gens littéralement sans culotte, paisibles?
    Cette société voile ses attributs, se pensant
    Surévoluée. Mais le progrès, telle une cible
    Ineffable, masque et aveugle ses tenants
    Sur leurs racines sauvages, qu'ils jugent risibles.
     
    Continuez, Scribes, Pharisiens hypocrites !
    Continuez de brocarder Jacques et Brigitte !
    Ils exhiberont leurs entrejambes sans complaire,
    Tels des majeurs tenus gracieusement à l'air.